Comment la citoyenneté peut-elle renforcer les solidarités et les convivialités ?

Un nouvel élan de la citoyenneté ?

Une citoyenneté individuelle et collective


La citoyenneté a vocation à reconnaître les individualités pour faire société. Le développement individuel ne s’oppose pas au développement collectif, la société permet à chacun de déterminer sa singularité dans un projet collectif.

La fin du XXème siècle a été animée par de nombreuses revendications sociales fondées sur le développement individuel en reléguant souvent au second plan ce qui nous unit.

Bien-être personnel, ascension sociale individuelle, autodétermination, la promotion du « je », le rassemblement entre pairs (et la création de communautés et de « nous » restrictifs) …. nous ont limité dans l’intention de faire société. Le début du XXIème siècle semble réaffirmer ce besoin.

La crise sanitaire, économique et sociale que nous traversons met quotidiennement en exergue des actions d’altruisme et de solidarité en faveur de l’éducation, face au vieillissement…

Il n’a jamais été autant question d’éducation à la citoyenneté que depuis le début des années 2000. Les enfants apprennent à exprimer un point de vue, à débattre, à écouter les arguments des autres, à protéger l’environnement.

Depuis une dizaine d’années, des démarches de participation active dans la gestion des collectivités locales ont émergé. La notion de « démocratie participative » s’est installée et de nombreuses personnes souhaitent s’associer aux décisions relatives à leur territoire, à la gestion des services publics ou à l’élaboration du « monde d’après ».

La technologie, la mobilité, l’ouverture culturelle… ont profondément et très rapidement bousculé les pratiques collectives. L’intelligence collective et les méthodes collaboratives se développent au sein des entreprises, des associations et des administrations. La prise en compte de l’expertise de vie et de l’expertise d’usage est recherchée et valorisée dans un grand nombre de projets structurants.

Si ses modalités d’engagement se transforment et s’adaptent aux modes de vie, le mouvement associatif, reste dynamique, partenarial, pluriel et repose sur un partage de compétences et la valorisation des savoir-faire.

Le civisme, l’engagement, les valeurs républicaines ont régulièrement été invoqués ces dernières années car secoués par des incidents ou drames collectifs.

Dans ce contexte foisonnant la citoyenneté peut aisément retrouver une identité et un sens avec un soutien institutionnel, politique et populaire fort.
 

Une citoyenneté active et responsable
                                

La citoyenneté se vit au jour le jour, chacun, chacune appréhende sa citoyenneté. Si la loi fournit un cadre (règles de civisme dans l’espace public, de respect d’autrui…) libre à chacun de choisir ses engagements, de participer à la décision publique, d’œuvrer en faveur d’actions humanitaires, de rejoindre un mouvement environnemental, de se présenter au suffrage électoral…

Nous disposons donc d’une souveraineté dans l’exercice de notre citoyenneté. Cette souveraineté est indispensable dans une société diverse et plurielle, où les compétences, les disponibilités, les sensibilités sont nombreuses.

Cette liberté individuelle s’accompagne de son corollaire : la responsabilité. Chacune et chacun est responsable de ses actes et de ses paroles, ainsi que de sa non-action ou de sa non-expression.
 

La citoyenneté un processus d’apprentissage
                  

L’individu n’est pas citoyen en soi…C’est en citoyennant que l’on devient citoyen. La citoyenneté ça se pratique mais ça s’apprend également et le rôle de l’école est à cet égard crucial. La loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’École du 23 avril 2005 précisait déjà : « Outre la transmission des connaissances, la Nation fixe comme mission première à l’école de faire partager aux élèves les valeurs de la République. Le droit à l’éducation est garanti à chacun afin de lui permettre […] d’exercer sa citoyenneté ». 

La loi du 8 juillet 2013 pour la refondation de l’école de la République y a introduit un enseignement moral et civique qui tend à inculquer aux élèves « le respect de la personne, de ses origines et de ses différences, de l’égalité entre les femmes et les hommes ainsi que de la laïcité ».

Ces différents textes législatifs ne signifient en rien qu’une solution éducative ait été trouvée, elle rappelle seulement la prise de conscience d’un problème et d’une recherche de solution.
 

La commune, l’espace naturel du citoyen


La commune (entendue comme cité) est l’espace naturel du citoyen, c’est à l’échelle de la rue, du quartier, de la ville que la citoyenneté se révèle. Nous comptons en France quelques 35 000 communes, qui dessinent autant d’espaces de vie, de regroupement, de réflexion, d’intelligence collective, de sociabilisation, de responsabilisation…

L’expertise de vie, d’usage se construit au cœur des villes et des villages de France qui doivent être en mesure de partager, avec les différents niveaux territoriaux, ces réalités pour inspirer et ajuster les décisions et politiques publiques. Le Grand Débat National de 2018 en réhabilitant les cahiers de doléances semblait témoigner cette prise de conscience qu’il s’agit de prolonger et de renforcer.
 

Citoyen du monde, une utopie ?


Depuis 1992, le citoyen français est reconnu comme citoyen européen…il accède ainsi à des droits spécifiques (liberté de circulation, de pétition, droit de vote…), mais n’est soumis à aucun devoir.

La défection de la citoyenneté européenne (triste exemple que la gestion de la crise sanitaire) témoigne que la citoyenneté qui se réduit à un statut juridique ne permet pas l’émancipation du sentiment d’appartenance et de la cohésion au sein de l’Union Européenne. La citoyenneté européenne ne correspond à aucun projet commun (outre peut-être le programme Erasmus).

Si la notion de citoyen du Monde ne correspond à aucun statut on peut se poser la question :  l’appartenance à une nation doit-elle seule circonscrire l’accès à la citoyenneté ? L’avènement d’une citoyenneté apatride, asexuelle, aconfessionnelle, multiculturelle… est-elle possible, souhaitable ? Au-delà du seul aspect symbolique, ce statut pourrait contribuer à l’émergence d’un sentiment d’appartenance globale, à éveiller la conscience de vivre sur une planète habitée et préservée par tous et pour tous, à faire primer l’intérêt collectif sur l’individuel, à insuffler un renouveau démocratique et solidaire.